Contexte local

En amont du Workshop in situ, nous avons mené une recherche documentaire permettant de contextualiser formellement le diagnostic de terrain. Nous nous sommes donc organisés en groupes de travail afin de collecter les données de cadrages de l’exercice que vous pourrez consulter en déroulant cette page.

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Une décentralisation qui tarde à être effective

En 2011, dans le sillage des « Printemps arabes », le Maroc entame sa transformation politique et administrative. Sous la pression de la rue, le roi Mohammed VI accorde une plus grande autonomie au gouvernement et aux partis politiques en même temps qu’il décide d'accélérer une politique de décentralisation de certaines compétences au profit des collectivités locales (régionalisation avancée). L’organisation des compétences est largement inspirée de celle de la France : l’État central joue un rôle de régulateur et conserve les pouvoirs régaliens. Les régions se chargent du développement économique et de l’aménagement du territoire. Les provinces ont un rôle essentiellement social et rural. Enfin, les communes sont en charge de l’urbanisme et des services publics de proximité. Au niveau local, la Région Tanger – Tétouan – Al Hoceima est présidée par Ilyas El Omari (Parti authenticité et modernité, PAM), la Communauté Urbaine de Tétouan et la ville de Tétouan sont dirigées par Mohamed Idaomar (Parti de la justice et du développement, PJD). Le PJD est la première force politique du pays et le parti des villes et des grands centres urbains. A l’inverse, le PAM (2ème parti du pays) obtient la majorité des suffrages exprimés en sa faveur dans les zones rurales.

 

Une forme urbaine façonnée par l'histoire et le relief, sujette à de nouvelles dynamiques socio-spatiales

La colonisation a profondément marqué la morphologie urbaine de Tétouan. On y retrouve deux typologies de tissus urbains : la Médina et la ville coloniale espagnole, l'Ensanche. Les extensions urbaines postérieures s’organisent le long d’un axe Est-Ouest comme on peut le voir sur le schéma ci-contre. Certains quartiers, du fait de l’éloignement de cet axe structurant, sont déconnectés de la ville. C’est le cas de Samsa. L’afflux de population rurale et de travailleurs vient aggraver le phénomène d'« urbanisation clandestine » sur la périphérie de Tétouan.


Certains quartiers semblent délaissés par les services tels que la collecte des déchets ou le raccordement au réseau d’eau. A Samsa par exemple, la collecte des déchets n’est pas complète entrainant un développement des décharges sauvages, généralement situées à proximité des points d’eau où la population vient s’approvisionner. Le raccordement en eau est très difficile du fait de la topographie des lieux. Aujourd’hui l’urbanisation tend à s’étaler vers la côte, en direction de la ville de Martil.

 

Un dynamisme économique au détriment de l’environnement ?

En 2016, Tanger – Tétouan - Al Hoceïma fait partie des 6 régions au Maroc ayant enregistré un taux de croissance supérieur à la moyenne nationale : + 2,5%. Le taux d’actifs occupés est de 25% et on comptabilise environ 3000 sociétés implantées. L’activité industrielle est pourvoyeuse d’emplois et se compose principalement de petites et moyennes entreprises. Les activités commerciales occupent près de 17% de la population active. Enfin, les activités liées au tourisme disposent d’un terrain favorable. Cette structure économique traduit également une forte influence du secteur informel.
Il s’agit également du 4èmepôle d’activité artisanal et le territoire reste empreint d’une forte tradition agricole Ce dynamisme économique a eu des impacts significatifs sur le capital écologique et environnemental de la région, lié aussi à une carence en mesures de préservation et de protection des ressources naturelles. A cause de l’étalement urbain, la pression sur les ressources hydriques s’accroît et il n’existe pas à ce jour de politique de conservation dédiée. D’autant plus que l’eau subit des contaminations dues à l’agriculture et aux industries. Le quartier de Samsa traduit de manière palpable une part de ces tensions. L’usage de l’eau potable et la mise à niveau de l’assainissement constituent un enjeu majeur. Il existe une volonté de sauvegarde du patrimoine naturel dans la perspective d’une intégration durable à la municipalité de Tétouan. Cela passe par la nécessité d’une gestion plus fine du territoire avec un regard sur les sources de nuisance environnementales. L’Etat investit beaucoup dans la région Tanger - Tétouan - Al Hoceïma par le biais de différentes agences (AREP, CCIS). La région entreprend également un programme de coopération internationale décentralisée en partenariat avec la région PACA par la promotion de l’économie sociale et solidaire qui a donné naissance au projet PRESS en faveur de l’insertion professionnelle. La région Tanger –Tétouan – Al Hoceima est la 2ème région du Maroc en nombre de coopératives (1630 en 2016). L’absence de cadre juridique structurant le secteur, le cloisonnement des différentes initiatives locales, le manque d'outils d’information et d’orientation et le manque de données chiffrées et d’analyse sont autant de freins au développement de l’économie sociale et solidaire locale.

 

Une province urbanisée, encore confrontée à des obstacles socio-économiques

Historiquement, Tétouan et sa province ont accueilli des populations diverses, notamment des musulmans et des juifs séfarades chassés par l’inquisition en Espagne. A partir des années 60, les populations juives et espagnoles restées après l’indépendance émigrent et aujourd’hui la grande majorité des 550 000 habitants, de la province est musulmane. La commune de Tétouan a crû de 15% entre 2004 et 2014, et compte désormais 72 % de la population provinciale, soit près de 382
000 habitants. La province est plus urbanisée (70%) que le reste de la région et du
Maroc en général (60%). Elle est confrontée à un fort taux (9%) de pauvreté multidimensionnelle et à des inégalités de genre dans les milieux ruraux. Le taux de chômage est 2 fois plus important à l’échelle de la province (19%) qu’au niveau national (9%). L'indice de développement humain de la province (0.55) est plus faible que celui du pays (0.63) en 2012 (principalement à cause de la santé et de l’éducation). Le taux d'analphabétisme de la province est encore important en milieu rural, surtout chez les femmes. Au niveau national, l’accès à l’éducation, l’alphabétisation, et la durée de la scolarité ont augmenté depuis 1990.

 

Des projets d'infrastructures de grande envergure, visant à changer le visage de Tétouan ?

Les projets d’aménagement du Grand Tétouan répondent à une double injonction : moderniser la ville et ses infrastructures, pour le bénéfice de tous et en faire une ville modèle, une destination touristique internationale. Réputée pour être une ville de transit et une escale pour les touristes, elle connaît d’importants problèmes de mobilité à deux échelles. Pour améliorer les connexions à l’échelle régionale, des projets prévoient, le dédoublement de la RN2 entre Tétouan et Chefchaouen, l’amélioration de la connexion avec le nouveau port de Tanger, ou encore le développement de nouvelles lignes de transports en commun permettant de couvrir tous les quartiers de Tétouan.
Le projet central pour l’agglomération est l’opération urbaine de la vallée de l’Oued Martil, qui prévoit l’amélioration de l’axe routier entre Tétouan et sa façade maritime et un développement économique concomitant. Le Grand Tétouan se veut ambitieux en matière d’urbanisme et porte un projet global cohérent et innovant en matière de développement durable. Il est donc prévu une maîtrise du foncier afin d’éviter les problèmes d’étalement urbain. Des moyens considérables (financiers, humains, techniques) sont alloués au développement de l’agglomération, 5.5 milliards de DH dont 1.8 sont dédiés au renouvellement du réseau urbain. Cependant, certaines associations mettent en doute la faisabilité de toutes ces opérations et dénoncent les effets de communications sur ces projets comme outils de marketing international. Si d’un point de vue urbain et économique Tétouan se tourne vers la Méditerranée, la ville souhaite également se réconcilier avec son prestigieux passé culturel par un important travail de réhabilitation des façades dans la médina. Tétouan cherche à s’affirmer en tant qu’interface économique et culturelle entre la région Tanger – Tétouan - Al Hoceima et le reste de la Méditerranée. Pourtant, le risque de voir les industries du tourisme et du luxe prendre le pas sur le bien-être local ne doit pas être négligé.